La culture se définit d’ensemble de formes acquises de comportements dans différentes subdivisions de la race humaine. De ce point de vue, la culture n’est pas obligatoirement quelque chose d’innée, elle peut se développer et prendre une position particulière au fil du temps. À cet égard, la culture québécoise influence davantage ceux qui s’éloignent de leur culture d’origine. Elle est semblable aux adoptés haïtiens qui s’identifieront davantage à la culture québécoise. Ils se reconnaissent principalement dans ces acquis puisqu’ils ont toujours vécu avec le fardeau d’abandon et ils ne possèdent pas la même individualité que leur pays d’origine.

En général, les québécois d’origine haïtienne ayant immigré au Québec par l’adoption, sont plus près de la culture québécoise que celle de leur pays de naissance. L’indifférence portée à leur culture est dû premièrement au fait qu’ils ont vécu un abandon de leur patrie. Peu, connaissent leurs familles et nombreux ont été délaissés délibérément par leur mère. La douleur causée par la séparation maternelle et familiale restera présente malgré que plusieurs haïtiens aient été adoptés en bas âge. Ils vivent quotidiennement avec une impression de vide, un manque qui les empêchent de savoir qui ils sont. Cette absence ne pourra jamais être remplacée puisque rare sont ceux qui connaissent la vérité cachée. Dans un article traitant de L’Adoption internationale : l’adolescence, l’auteure Mme Lucie Bourdeau, affirme que « Cet abandon est vécu avec plus de douleur en raison du manque d’explications concernant les origines et les causes de cette séparation. Il est souvent moins douloureux de savoir que de vivre dans l’ignorance, même si la vérité est difficile ». Je confirme ces propos puisque qu’ayant été moi-même adoptée d’Haïti par une famille québécoise, de nombreuses questions ont tourné dans ma petite tête d’enfant.

Pourquoi ma mère m’a abandonné à l’hôpital juste après ma naissance?

Pourquoi ne pouvait-elle pas me garder ?

Un jour, lorsque j’étais plus jeune, j’ai regardé ma mère adoptive et je lui ai dit «  Tu n’es pas ma mère! ». Elle a dû m’expliquer que ma mère biologique avait des raisons justifiables pour avoir posé un tel geste. Tout compte fait, les conditions de vie du pays étaient déjà très défavorables à cette époque. De plus, elle envisageait sans aucun doute le meilleur avenir possible pour moi. Cette vie que ma famille adoptive m’a donnée, est une vie qu’elle-même n’aurait jamais été capable de m’offrir.

Aujourd’hui je suis consciente que je cherchais des réponses à mes questionnements et que je n’entendrais jamais la confirmation des explications de la bouche de celle qui m’a mise au monde. Par contre, je sais qu’elle m’a offert le plus beau cadeau du monde soit de m’avoir donné la vie, et elle s’est assurée que je survive.

En dépit de cet abandon par notre culture et le manque d’explications sur nos origines, nous, haïtiens adoptés, ont dû se chercher une identité. Dans un second article au sujet de L’Adoption internationale : l’adolescence, l’auteure Mme Lucie Bourdeau, dit ceci : « Ils ont plutôt tendance à s’assimiler à leur culture d’adoption. L’adopté ne trouve pas de ressemblance entre lui et sa communauté d’origine parce qu’il ne partage pas les mêmes valeurs. Certains sont même mal à l’aise ou gênés d’être confondus pour un membre de la communauté culturelle d’origine ». Effectivement, j’ai toujours trouvé des ressemblances entre mes propres membres de ma famille adoptive plutôt qu’une femme haïtienne que je pouvais croiser simplement dans la rue. Plus jeune, il m’arrivait même de les éviter, pas parce que j’étais raciste, bien au contraire. Je cherchais secrètement à en apprendre sur eux mais, j’étais si effrayée à l’idée qu’ils me repoussent, alors je les ignorais. Je pris la décision de ne pas côtoyer ces personnes parce que les enviais de leur savoir sur la culture haïtienne. Ils possédaient tout ce que je ne connaîtrai jamais et pourtant, ils me représentent d’une certaine façon. En grandissant, ma position à ce sujet a évolué puisqu’ il y a plusieurs personnes de mon entourage qui sont multiethniques notamment des haïtiens et des africains. Je pense qu’en ayant dû apprendre à vivre avec un fardeau comme le mien ; vivre dans l’ignorance de ses ancêtres et de sa culture.

Chaque haïtien adopté devrait faire la paix avec lui-même et cesser d’être en quête de questions sans réponse.

Je ne me considère pas entièrement haïtienne ou entièrement québécoise, je suis tout simplement unique. Ceci se rapproche aux propos se trouvant à l’intérieur du document de la culture concernant le nouveau concept de culture. « Ses critères sont le degré d’autonomie de la personne, sa capacité de se situer dans le monde, de communiquer avec les autres, et de mieux participer à la société tout en pouvant s’en libérer ». Réussir à s’identifier à une culture n’est pas ce qui est important, il s’agit plutôt de s’accepter et d’être fier de soi peu importe d’où on vient, peu importe la couleur de notre peau et peu importe notre culture.

En définitive, la culture est une connaissance innée, elle provient de nos pairs et de la société où elle est exprimée. Pour ceux qui ignorent tout de leur origine mise à part leur lieu de naissance, la culture inspire et permet de s’identifier. Les haïtiens adoptés au Québec sont inspirés principalement par la culture québécoise. Autrement dit, ils vivent dans l’ignorance face aux raisons entourant leur venue au Québec. Ainsi, ils doivent accepter la différence et trouver leur voie. Durant leur parcours de vie, ils devront pardonner à leur mère de ne pas avoir pu leur transmette le bagage culturel. De telle sorte ils atteindront leur maturité et l’accomplissement de soi en acceptant leurs différences avec leurs pairs adoptifs et admettant leurs ressemblances avec ceux partageant les mêmes origines. En dépassant les frontières, ils en apprendront sur les différentes multiethnies et sur eux-mêmes. Le bagage culturel qu’ils possèderont sera plus riche puisqu’ils se distingueront des autres par leurs authenticités culturelles.

Marie-Eve Landry adoptée en 1989